Gravelly Hill Interchange 1 - Andy Feltham - Ultrashop

Interview de Andy Feltham

Comment as-tu choisis ton moyen d’expression ?

Ma femme m’a offert un appareil photo compact pour amateur comme cadeau de mariage en 2010. J’ai trouvé mon terrain d’expression… J’étais obsédé ! Depuis je perfectionne obsessionnellement ma technique.

Ce médium est-il secondaire par rapport à ton propos ou étroitement lié ?

Certainement étroitement lié. Par nature, l’exposition et le cadrage d’une image photographique permettent au spectateur de faire l’expérience de la vie comme il ne l’aurait jamais faite de ses propres yeux. C’est ce surréalisme que j’espère saisir, de façon visuelle et conceptuelle.

Quel matériel utilises-tu et pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ?

Un appareil photo numérique full-frame (Pentax K1) et un film moyen format (Mamiya 7). Posés sur un trépied ils fournissent une belle combinaison de portabilité avec une qualité d’image épatante.

Comment une séance de travail se prépare t elle ?

Une paire de chaussures confortables et une balade vers l’inconnu.

Peux-tu m’expliquer ce qui diffère entre tes débuts et ton travail actuel ?

Mon style a commencé à se cristalliser après ma deuxième année de photographie. À cette époque je me suis souvent servi de Photoshop ou de Lightroom pour éliminer les éléments superflus de l’image, mais j’ai à présent tendance à inclure les imperfections dans une scène. Je pense qu’elles fournissent des récits supplémentaires ; des intrigues secondaires dans le cadre de l’oeuvre globale.

PLUS
INTIME

Tes origines, ta culture ont-ils un rôle dans les oeuvres que tu produis ?

Ma culture et ma lignée sont inextricablement liées à ce que je suis aujourd’hui et par conséquent à la façon dont je scrute et cadre le monde.

Quels sont les événements qui t’ont le plus influencé ?

Des évènements importants dans ma vie, tels le diagnostic du cancer du sein de ma femme et la naissance de mes deux enfants, ont eu des répercussions cruciales sur ma production. La photographie joue un rôle fortement thérapeutique dans ma vie, selon qu’il fasse beau ou mauvais temps.

Quelles sont les sources de ton inspiration ?

Un film, La Condition de l’homme et des livres de photos…beaucoup de livres de photos.

As-tu une anecdote qui permettrait de comprendre la genèse de ton travail ?

Ce n’est que lorsque ma première monographie, Incidental View, a été publié par Camera Infinita en mars 2017 que j’ai vraiment compris pourquoi j’étais attiré par la capture de tant de murs dans la série … Je construisais des barrières photographiques autour de moi, une échappatoire en forme de cabane au fond du jardin !

L’actualité rentre-t-elle en compte dans ta fabrication ou t’en détaches-tu ?

Quand je crée une oeuvre, je suis tout à fait guidé par l’intuition. Une analyse du contenu se fait par la suite, donc dans ce contexte, je dirais que je prends de la distance sur ce qui se passe.

UN PEU PLUS
PHILOSOPHIQUE

Tes oeuvres sont-elles plutôt un dialogue, une trace ou encore une dénonciation ?

Souvent les trois, mais toujours avec un penchant pour le dialogue avec le spectateur.

Souhaites-tu amener le spectateur à se questionner ou préfères tu l’interpeller ?

Selon moi, une excellente image a toujours une part de mystère donc j’essaie de
produire des images qui insufflent un peu de curiosité auprès du spectateur, une énigme à résoudre.

Quel regard portes-tu sur l’humain, et par conséquent à travers ton travail ?

Complexe et simple, raffiné et bestial.

Si tu devais comparer ton dernier travail avec le prochain ?

Mon but insurmontable est de constamment faire progresser le travail, ce qui signifie que je trouve de plus en plus difficile de créer des photographies que j’estime n’avoir jamais prises auparavant.

L’art est-il de la poésie ou une intervention sociale ?

L’art a besoin de provoquer une sorte de réaction auprès du spectateur, de préférence viscérale et cérébrale. La mesure dans laquelle l’art peut changer le monde dépend entièrement de notre définition du changement, mais sa mise en oeuvre peut certainement être poétique.

POUR
CONCLURE

Quel regard portes-tu sur ton propre travail ?

La plupart du temps un regard extrêmement critique – je le trouve rarement assez bon ! Je crois que cette auto-flagellation est un élément fondamental pour progresser.

Quels sont tes projets en cours, à venir ?

Un grand nombre d’oeuvres sur Ultrashop proviennent de la série In Vivo, un projet en cours visant à donner un sens au diagnostic et au traitement du cancer du sein de ma belle épouse. Je travaille également sur Picture of Health qui est une étude de l’état actuel du NHS à mon hôpital local.

As-tu autre chose à ajouter ? Tu as le dernier mot…

Les Beatles avaient raison, l’amour est tout ce dont nous avons besoin !

Une traduction de
Louise Jablonowska