Mieux se perdre 2 - Elie Huault - Ultrashop

Interview de Elie Huault

Comment as tu choisis ton moyen d’expression ?

J’ai toujours dessiné et voulu raconter des histoires. Cela est pour moi synonyme de liberté dans ce que je veux raconter tant sur le fond et la forme. J’attache une attention particulière au détails et au textures qui selon moi rendent un univers persistant.

Ce médium est il secondaire par rapport à ton propos ou étroitement lié ?

Le dessin est pour moi quelque chose de méditatif et un moyen de concentrer mon énergie. Je pense qu’un dessin devient bon quand je passe du temps dessus et que j’ai l’impression que je ne le finirais jamais! Plus sérieusement ce n’est pas toujours le cas et je ne renie pas le dessin plus naïf, mais mes derniers projets sont très portés sur la contemplation et je souhaite inviter le spectateur/lecteur à regarder les images longtemps, j’attache donc une importance particulière aux textures et aux détails pour laisser l’oeil se perdre dans chaque recoins de l’image, pour avoir un ressenti quasiment sensoriel par rapport à ce que je propose.

Quel matériel utilises tu et pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ?

J’utilise des pointes tubulaires type Rotring car elles permettent des précisions inégalables et un un résultat proche de la gravure qui me plaisent beaucoup. Le noir est extrêmement profond et cela permet aussi d’avoir des originaux très soignés qui tiennent dans la durée.

Comment une séance de travail se prépare t elle ?

Un bon coup sur le bureau, un album qui dure au moins trois heures, quelques images de références, beaucoup de ratés, et une bonne dose de patience!

Peux tu m’expliquer ce qui diffère entre tes débuts et ton travail actuel ?

Plus jeune je voulais faire de l’animation et du jeu vidéo, je dessinais donc de manière très « technique » mais sans me poser la question de ce que je voulais raconter. Aujourd’hui, mon approche de l’illustration est bien plus axée sur la production de sens plus que de la belle image, même s’il m’arrive de faire des images plus « gratuites ». Aujourd’hui, je réfléchis plus en terme de projet éditorial et d’histoires complètes que en terme de beau dessin unique. Je doute aussi beaucoup plus!

PLUS
INTIME

Tes origines, ta culture ont ils un rôle dans les œuvres que tu produis ?

Mes origines n’ont pas une influences directe sur mon travail, mais, si l’on y réfléchi, beaucoup d’histoires ont les mêmes références aux grands textes fondateurs. Je travaille en ce moment sur une BD prenant la forme d’un voyage initiatique, que l’on pourrait bien sûr rapprocher de grands textes tirées des différentes mythologies.

Quels sont les événements qui t’ont le plus influencé ?

J’ai toujours été marqué par les deux Guerres Mondiales, les horreurs qu’elles ont apportées et ce qu’elles ont montrées des limites de l’être humain. J’ai toujours été un grand fana d’Histoire surtout dans la période du XX ème siècle, et je pense que si la Science Fiction y a été si importante, c’est qu’il y avait à ce moment là tout le terreau pour faire naître les idées les plus folles des illustrateurs et auteurs que j’apprécie. C’est aussi un siècle d’avancées technologiques radicales absolument fascinantes qui devaient déjà paraître pour de la Science Fiction à l’époque, et je trouve ça particulièrement inspirant (et parfois un tout petit peu effrayant!).

Quelles sont les sources de ton inspiration ?

J’aime beaucoup les auteurs comme Robert Crumb, Joe Daly, Jerôme Dubois, Shigeru Mizuki et Paul Kirchner. Bien sûr il y’en a d’autres mais la liste peut être très longue.

As tu une anecdote qui permettrait de comprendre la genèse de ton travail ?

Je suis tombé par hasard en 2012 sur un document appelé « le rapport cometa » sur le site du CNES (Centre National d’Études Spatiales). Après lecture, j’ai eu l’idée de faire une petite série d’illustrations, qui se sont finalement transformées en projet BD de plus de 90 pages… J’y travaille encore!

L’actualité rentre-t-elle en compte dans ta fabrication ou au contraire t’en détaches tu ?

Mon projet principal ne tient pas forcément compte de l’actualité, si ce n’est par clins d’oeil, comme dans toute œuvre de science fiction, mais je me tiens beaucoup au courant de ce qu’il se passe dans le monde. C’est important pour s’en faire une idée mais aussi inspirant à bien des égards. J’ai aussi dessiné pour la presse et je compte bien continuer, je ne souhaite donc pas mettre ça de côté!

UN PEU PLUS
PHILOSOPHIQUE

Tes oeuvres sont elles plutôt un dialogue, une trace ou encore une dénonciation ?

Je pencherais plus pour l’idée de trace, j’aime laisser au spectateur la liberté de voir ce qu’il veut voir dans l’image, sans pour autant être dans quelque chose d’inaccessible. Il peut y avoir une certaine forme de dénonciation, mais je préfère que celle-ci se montre plus lorsque je fais de la presse, et non un récit contemplatif et poétique.

Souhaites-tu amener le spectateur à se questionner ou préfères tu l’interpeller ?

Je préfères que le spectateur se questionne, se mette à ma place o à celle du personnage que je dépeins, sans pour autant lui mettre le couteau sous la gorge!

POUR
CONCLURE

Quel regard portes tu sur l’humain, et par conséquent à travers ton travail ?

Je pense que l’humain est à la fois perdu, fragile et dangereux pour lui-même. Paradoxalement je pense qu’il est capable d’être extrêmement drôle et j’aime parfois explorer ce côté « stupide » qui nous caractérise tous, qui nous fait sortir des codes sociaux du quotidien.

Si tu devais comparer ton dernier travail avec le prochain ?

Conséquent!

L’art est il poésie ou intervention sociale ?

Je pense qu’il est les deux à la fois.

Quel regard portes tu sur ton propre travail ?

Mon travail est encore en recherche, je ne reste sûr de rien, mais cela me fait avancer.

Quels sont tes projets en cours, à venir ?

Je travaille sur une Bande dessinée de SF, COMETA, que je traine depuis plusieurs années et qui se concrétise et aussi sur un projet de petite édition de cadavre exquis faits avec un inconnu qui habite en Angleterre. Pour l’instant le dialogue de dessin marche super bien et j’ai hâte de voir ce qu’il m’enverra dans les prochaines semaines!

Vois-tu une chose à ajouter ?

Je te laisse le mot de la fin…
Euh…Merci?

Ça faisait longtemps qu’on m’avait pas questionner sur mon boulot, je suis peut être un peu rouillé…