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Interview de Gnot Guedin

Comment as tu choisis ton moyen d’expression ?

Par la Bande dessinée, Ça m’a touché très tôt. Le dessin s’est imposé naturellement ensuite. Puis à nouveau la BD.

Ce médium est il secondaire par rapport à ton propos ou étroitement lié ?

Non, il n’est pas spécialement lié, Mais le dessin est peu onéreux, ne nécessite par forcément de collaboration. Il y a beaucoup d’inspirations possibles aussi, c’est très riche. C’est complet et autonome comme outil. Même si il manque la dimension vivante, qu’on peut combler par une autre activité.

Quel matériel utilises tu et pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ?

Critérium pour ne pas avoir à tailler mon crayon, crayon pinceau à l’encre de chine. Et pour les choses plus petites (BD) j’utilise des crayons feutres noirs. Ensuite en infographie, je colore mon trait, j’ajoute une ombre, je lui donne une couleur. Si le travail est destiné à de la sérigraphie, je travaille en couches. Pourquoi ces outils ? Je suppose qu’ils me permettent de bien séparer chaque étape et bien sûr d’avoir la possibilité d’ajouter d’autres éléments ou bien de revenir en arrière.

Comment une séance de travail se prépare t elle ?

Recherche de documentation quand le sujet est donné, crayonnés et/ou montages, encrage et scan. Sinon: texte (dialogues écrits, fournis ou inspirés). Ou encore (pour des gags autonomes type détournement) on réagit en direct sur de vielles banques d’images des années 50 photocopiées avec du blanco et des crayons pour trouver les idées, on faisait ça à deux avec mon frère Dav. C’était de belles après-midi pour préparer un livre. On se comprenait bien et vite, c’est bien aussi la famille pour ça !

Peux tu m’expliquer ce qui diffère entre tes débuts et ton travail actuel ?

Plus de vécu et finalement toujours immature. Hahaha !

PLUS
INTIME

Tes origines, ta culture ont ils un rôle dans les oeuvres que tu produis ?

Je suis Normand à l’origine. Non je ne crois pas être influencé. Par mes proches et ma famille bien sûr. Par contre par un pays ou une région, sans doute pour y avoir vécu mais sinon pas trop. Plus par les gens en tout cas ! Ma culture, oui évidemment que ça a une influence. La mienne et celles des autres. J’adore faire des recherches ! Dans le passé le plus souvent.

Quels sont les événements qui t’ont le plus influencé ?

Le 11 septembre. Sinon je ne vois pas trop.

Quelles sont les sources de ton inspiration ?

Moult moult ! Et de divers horizons. Pêle-mêle je pourrais dire : Daniel Clowes, Maupassant, Charles Burns, Boris Vian, Miguel de Cervantès, Gustave Doré, Nicolas de Crécy, Binet, l’American Way of Life, Tronchet, Blutch (et variantes), le guide des entreprises du pays de la Loire et tout ce qui peut me tomber sous la main !

As tu une anecdote qui permettrait de comprendre la genèse de ton travail ?

Quand j’étais jeune, à l’étranger, j’avais découvert de loin un dessin au noir trop bien fait sur une grosse boite aux lettres jaune. J’étais très enthousiaste au fur et à mesure que je m’approchais, ça défonçait de plus en plus. J’accélérais le pas. Puis quand je me suis trouvé tout près, je me suis alors rendu compte que c’était une chiure d’oiseau étalée dessus. J’y ai souvent réfléchi ensuite.

L’actualité rentre-t-elle en compte dans ta fabrication ou au contraire t’en détaches tu ?

L’actualité m’énerve énormément. C’est pourquoi j’en parle parfois dans mon travail pour me calmer. Et souvent révéler une vérité à peine masquée. Plus personne ne prend la peine de se cacher aujourd’hui. Les journalistes sont devenus, par ailleurs, experts en interprétations multiples, et retournent n’importe quelle situation à l’avantage des propriétaires de leur journal et de leurs intérêts. C’est insultant et à gerber la façon dont est traité l’actualité dans notre pays. Alors je prends note uniquement des faits et me fais ma propre interprétation, je suis assez grand maintenant. Bref, c’était pour dire que j’ai aussi fait un peu de dessins de presse. Diffusés ou personnels.

PLUS
PHILOSOPHIQUE

Tes oeuvres sont elles plutôt un dialogue, une trace ou encore une dénonciation ?

Un dialogue et quand je le peux, une dénonciation (Voir question précédente).

Souhaites-tu amener le spectateur à se questionner ou préfères tu l’interpeller ?

Les deux.

Quel regard portes tu sur l’humain, et par conséquent à travers ton travail ?

Tendre et sans pitié.

Si tu devais comparer ton dernier travail avec le prochain ?

La continuité du moment.

L’art est il poésie ou intervention sociale ?

J’aimerais qu’il soit une intervention sociale. L’Art a petit à petit perdu ce rôle au profit d’un « marché » ou l’autocensure est même bien vue, c’est très regrettable.

POUR
CONCLURE

Quel regard portes tu sur ton propre travail ?

Amusé. Je le vois comme un jeu.

Quels sont tes projets en cours, à venir ?

Essentiellement BD: Super Saucisse 2, Lachatte (ma prochaine collecte Ulule).
Ah ! Si, un livre en projet au Dernier Cri avec mon Frère.

Vois-tu une chose à ajouter ? Je te laisse le mot de la fin…

Je pense n’avoir fait aucune concession dans mon travail malgré la tentation très forte au départ de vouloir correspondre à un public plus large. Je suis resté atypique et n’ai écouté que mes envies. L’association avec mon frère dès le début m’a aidé dans ce sens. Et l’enseignement ensuite m’a évité de voir mon activité artistique comme un job alimentaire. Je suis de ce fait parfaitement en accord avec ma création aujourd’hui. Pur ? Non, loin de là. Mais je ne suis pas dans le mensonge.
Et le dernier mot : Merci.