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Interview de Henry Tyson

Comment as-tu choisis ton moyen d’expression ?

L’altération des scènes est une culmination de plusieurs années d’expérimentation pratique dans mon travail, et en fin de compte la philosophie en voie de développement au fond. Je pense que l’expression personnelle, ou l’absence, est une caractéristique importante et déterminante dans toutes les formes d’art. J’ai appris à accepter ma tendance à présenter une partie de moi-même dans mon travail. Peut-être est-ce une forme d’anti-autoritarisme. Nous sommes menés à croire que les œuvres d’art documentaires sont des traces objectives d’une réalité partagée, quand de fait, dès que l’on regarde à travers l’objectif et qu’on appuie sur le déclencheur, on perd l’impartialité de la situation. L’acte d’enregistrer un aperçu rectangulaire est une manière de subjectiver et d’altérer l’instant documenté, présentant l’histoire comme si le photographe n’avait jamais été présent. L’idée que cette vérité est pûre et objective est ridicule. Donc j’aime rendre absolument clair que j’étais dans l’espace que je l’avais photographié. Et qu’au moment d’appuyer sur le déclencheur, j’avais définitivement changé la réalité et l’histoire de la scène pour seulement 1/60ème d’une seconde. Le mérite artistique d’une imposition volontaire aussi déterminée est certainement contestable mais ça c’est autre chose. Je pense aussi que sur un point moins idéologique, l’acte de faire une photo plutôt que juste prendre une photo est séduisante. Il se peut qu’en fin de compte, je ne fasse que chercher un moyen de justifier l’acte d’utiliser la photographie comme une forme d’art active plutôt que réactive.

Ce médium est-il secondaire par rapport à ton propos ou étroitement lié ?

L’oeuvre attire l’attention du spectateur par sa principale caractéristique esthétique. Les couleurs vives traversent le projet. Chaque photo est artificiellement éclairée par des flashes de couleur intense, produite par des gels de toutes sortes placés devant une lumière stroboscopique. Avec cette méthode, chaque photo prend une allure surréaliste d’un autre monde. Le regard du spectateur est attiré vers les détails de chaque scène qui autrement seraient passés inaperçus. Donc oui, je dirais que le medium est lié au sujet thématiquement. Puisque le projet est une exploration de l’empreinte humaine sur l’espace naturel, et de notre capacité à catégoriser et à observer cette empreinte. Outre l’utilisation de couleur dans Naturaleza Antrópica au niveau de la forme, mon travail est plutôt conservateur. Chaque photo suit et ne s’écarte pas d’un motif unifiant, d’une perspective à hauteur du regard, un cliché. L’uniformité met l’accent sur le contenu de l’éclairage de la scène et pousse le spectateur à expérimenter les différences entre les environnements plutôt que les différences de forme photographique et de présentation – une ode ironique à l’école de la photographie objective.

Comment une séance de travail se prépare-t-elle ?

Je conduis et j’explore beaucoup. Quand je travaille sur un projet j’essaie de sortir quelques heures tous les jours, parcourant en voiture, cherchant des lieux ou des cadres qui pourraient correspondre aux idées en perpétuelle évolution pour le projet. J’ai certaines choses en tête, écrites dans un carnet, et je prends des notes supplémentaires en explorant, ajoutant des lieux où il faut retourner, etc. Si les conditions sont particulièrement intéressantes.

Peux-tu m’expliquer ce qui diffère entre tes débuts et ton travail actuel ?

De l’expérimentation continuelle et chaotique prend place plus d’ordre et de structure à long terme. Le processus soi-même se ralentit, et les meilleures idées ont le temps, l’espace pour apparaître et évoluer, s’inspirant des réflexions originelles moins raffinées. On apprend à faire confiance en ce processus et ne pas trop stresser en essayant de ‘compléter’ une idée à son point de genèse. Les projets ont besoin de temps et d’espace pour nous montrer le vrai thème.

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Tes origines, ta culture ont-ils un rôle dans les oeuvres que tu produis ?

Je ne pense pas que la création soit possible dans le vide. Tout ce que nous produisons est le fruit de ce que nous avons vécu.

Quelles sont les sources de ton inspiration ?

En ce qui concerne l’inspiration on peut aborder le thème de la dualité. Toute production artistique est le résultat d’une inspiration consciente et subconsciente. Selon le travail, l’une peut dominer l’autre mais les deux sont présentes dans chaque entreprise créative. L’inspiration subconsciente étant l’acte de puiser dans toutes ses expériences personnelles. Expériences qui comprennent les événements directs et des révélations. Et dans la photographie spécifiquement, toute observation visuelle, qu’elle soit intellectualisée ou non. L’inspiration consciente est d’autre part beaucoup plus facile à dévoiler ! La plus grande source d’inspiration pour la série Naturaleza Antrópica provient du travail de Hideo Kobayashi. Découvrir son travail fut un catalyseur lors des dernières années d’exploration. “中断された場所” ou “Suspended Place” fut ma première découverte, un projet dans lequel Kobayashi a construit 3 murs en béton et un plafond autour de tranches ordinaires de réalités. Un bout de route, un peu de terrain vague, un terrain de jeux, un ancien étang. Tout était ensuite éclairé artificiellement et le résultat en était une étude d’espace privé de son contexte. Ou plutôt, cela a créé un nouveau contexte avec un autre mode d’observation. L’espace donné avait créé une existence complètement différente et temporaire, qui n’était que démontrable à travers sa documentation photographique. Ce travail a détruit toutes mes conceptions de ce que la photographie était et pouvait être. Une nouvelle manière de penser s’était offerte à moi. L’idée que l’on pouvait physiquement recadrer la réalité ou plutôt qu’il était possible de documenter un espace en le modifiant physiquement, immisçant son contexte et son “expérience” de réalité, tout en le laissant intacte et vrai au moment de sa découverte. Je vois cela comme la genèse de ma possibilité de penser “métaphysiquement” la photographie.

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PHILOSOPHIQUE

Tes oeuvres sont-elles plutôt un dialogue, une trace ou encore une dénonciation ?

Tout dépend du projet. Beaucoup de mes oeuvres récentes ont tendu vers des études formelles sur l’espace et le rapport avec l’homme. J’essaie actuellement d’explorer d’autres idées, mais j’y retourne régulièrement. Il se peut que je n’aie que peu de choix.

Souhaites-tu amener le spectateur à se questionner ou préfères tu l’interpeller ?

Je ne pense pas que ce soient des notions mutuellement exclusives – je pense que la présentation du travail change l’expérience de la ‘consommation’.

Quel regard portes-tu sur l’humain, et par conséquent à travers ton travail ?

Nous sommes des créatures fascinantes. Même les plus banals d’entre nous sont capables de susciter une grande source d’intrigue et de plaisir.

L’art est-il de la poésie ou une intervention sociale ?

Une fois, à l’âge de 21 ans, j’ai mis les pieds dans le plat à un diner avec plusieurs historiens d’art en croyant que je pourrais définir l’art, ou plutôt, que ma définition d’art devrait dire quelque chose. Je n’ai pas l’arrogance à essayer de nouveau !

POUR
CONCLURE

Est-ce que tu as autre chose à ajouter ? Tu as le dernier mot…

Il y a beaucoup plus d’information au sujet de ce projet, et d’autres sur mon site web. Soyez les bienvenues.

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