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Interview de Maxi Magnano

Comment as-tu choisi ton moyen d’expression ?

Je pense que c’était à cause de l’ennui. J’avais l’impression de gaspiller mon temps dans un emploi au quotidien que je n’aimais pas du tout. Par chance mon travail était à côté du magasin Nikon, donc je me suis acheté un appareil numérique et j’ai commencé à shooter. Je n’avais aucune idée à ce moment-là que je prenais une décision si importante. Une qui a marqué ma vie.

Ce médium est-il secondaire par rapport à ton propos ou étroitement lié ?

Il y a un lien. La photographie peut servir de mémoire. Beaucoup de choses seront complètement perdues sinon. A travers mes images, j’essaie de proposer l’idée d’un monde en train de disparaitre. Ce médium me paraît idéal pour ce sujet.

Quel matériel utilises-tu et pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ?

Je me sers de boitiers 35mm, réflex pour la plupart. Je préfère la dynamique de l’analogique à la photographie numérique. C’est un processus plus lent qui m’oblige à prendre moins de photos du même endroit ou d’une chose. Donc c’est plus facile pour moi de considérer chaque image comme étant définitive.

Comment une séance de travail se prépare-t-elle ?

Je ne travaille pas en séances parce que je ne peux pas séparer l’acte de prendre des photographies de ma vie quotidienne. Il n’y a pas vraiment une période spécifique quand je travaille, c’est entrecroisé avec tout ce que je fais. Pour moi la photographie est une discipline quotidienne qui m’aide à me focaliser et prêter attention à tout ce qui m’entoure et la manière dont la lumière peut tout changer.

Peux-tu m’expliquer ce qui diffère entre tes débuts et ton travail actuel ?

Je suis devenu plus précis au fur et à mesure de découvrir quels éléments conviennent le mieux au monde que j’essaie d’exposer. Je suis aussi plus conscient du matériel nécessaire pour obtenir les résultats que je souhaite. D’une certaine manière, cette évolution a fonctionné comme un processus de sélection. En plus, j’ai gagné en confiance. Je m’affirme en tant que photographe et artiste maintenant, sans hésiter.

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Tes origines, ta culture ont-ils un rôle dans les oeuvres que tu produis ?

Oui. Même si j’essaie d’éviter les clichés de lieux culturels que la photographie illustre trop souvent, la culture a un rôle à jouer, au moins d’une manière négative. En plus, beaucoup de mes images étaient prises dans une ville balnéaire en Argentine qui s’appelle Mar del Plata. Là il y a un langage culturel signifiant spécifique, dont une partie j’imagine est comprise uniquement par les gens qui ont grandi en visitant cette ville chaque été. Je pense que mes origines jouent un rôle très clair dans la manière dont je choisis les éléments qui apparaissent dans mes photos. Je prête beaucoup d’attention à beaucoup de choses et aux matériaux qui étaient présents pendant mon enfance. Je suis certain que beaucoup de gens peuvent s’identifier à mes photos grâce à une culture partagée et des origines communes.

Quels sont les événements qui t’ont le plus influencé ?

Grandir et perdre des êtres chers.

Quelles sont les sources de ton inspiration ?

La mémoire, des photographies aléatoires que je trouve et le travail des autres gens. Ça fonctionne de façon circulaire. La mémoire peut influencer la façon dont nous percevons les choses que nous voyons, et les choses que nous voyons peuvent déclencher nos souvenirs et un état d’esprit.

As-tu une anecdote qui permettrait de comprendre la genèse de ton travail ?

Je me souviens de la première fois que j’ai aimé une photographie que j’ai prise. C’était très tard la nuit et je conduisais avec un copain. Nous nous sommes arrêtés à une station-service isolée et j’ai pris une photo de la pompe qui avait l’air si triste. J’étais très heureux de la présence de l’émotion dans cette image. J’ai compris ce que je cherchais.

L’actualité rentre-t-elle en compte dans ta fabrication ou au contraire t’en détaches tu ?

D’habitude non. J’essaie de laisser certaines questions sans réponse. Questions comme quand, où et qui. Ça veut dire que les actualités ne figurent pas dans le cadre. Quelquefois je considère ma photographie comme étant exactement à l’opposé du photo-journalisme. J’essaie autant que possible de ne pas y inclure d’événement, juste le calme.

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Tes oeuvres sont-elles plutôt un dialogue, une trace ou encore une dénonciation ?

Je pense que mon travail est enclin à établir un dialogue à travers des expériences et souvenirs partagés avec les spectateurs et j’accomplis ceci en montrant des traces du temps passé. Je ne le vois pas comme une dénonciation.

Souhaites-tu amener le spectateur à se questionner ou préfères tu l’interpeller ?

Je voudrais que les spectateurs ressentent les endroits ou bien les choses qui apparaissent dans mes images de la même manière que je les ressens. Mon but n’est pas de les questionner.  J’aimerais provoquer un sentiment d’intimité ou de familiarité détachée quand ils regardent mes photographies.

Quel regard portes tu sur l’humain, et par conséquent à travers ton travail ?

Même si j’évite la présence de figures humaines dans mes images, tout ce qui y figure dans le cadre résulte de la présence et de l’activité humaine. Je pense que mon travail montre une perspective affectueuse de l’humanité, à sa manière. Une partie de la nostalgie évoquée dans mes photos est due à l’idée de la disparition de l’humanité, son absence. Dans l’ensemble, je pense que l’humanité est belle.

Si tu devais comparer ton dernier travail avec le prochain ?

Mon travail est un processus continu, donc je ne peux pas vraiment penser en terme de projet précédent et futur. Ce que je peux comparer est comment j’ai commencé et où je me trouve maintenant en tant que photographe. Je peux voir que mon style ou ma voie est beaucoup plus défini.

L’art est-il de la poésie ou une intervention sociale ?

Probablement les deux. J’aborde mon travail de manière très personnelle, normalement cela implique un certain degré d’isolement. Mais mon travail me met en contact avec beaucoup de gens et cela m’oblige à visiter de nouveaux endroits, cela m’aide à découvrir l’environnement. Même s’il ne s’agit pas à l’origine d’une intervention sociale, l’art rassemble les gens et espérons-le, fait circuler la connaissance. Cependant, je crois que c’est important de considérer l’art comme une autre activité humaine. Donner à l’art une position privilégiée parmi d’autres sphères d’activités mène à une sacralisation que je n’accepte pas.

POUR
CONCLURE

Quel regard portes tu sur ton propre travail ?

J’aime mon travail et ça me laisse croire que d’autres personnes pourraient l’aimer aussi. Me sentir satisfait de ce travail est une force motrice pour créer dans l’immédiat et continuer à grandir en tant qu’artiste.

Quels sont tes projets en cours, à venir ?

Je travaille sur un livre actuellement et je recherche un éditeur. A plus long terme, mon ambition est de produire des images dans d’autres pays. Toutes mes photographies sont prises à Buenos Aires, en Argentine. J’aimerais bien voir ce qui résulte de travailler ailleurs.

Vois-tu une chose à ajouter ? Je te laisse le mot de la fin…

Je suis très dévoué à mon travail, donc je suis très reconnaissant envers toute personne qui s’intéresse à ce que je fais.

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