Me And The Two Of Them Michael Sweet Ultrashop

Interview de Michael Ernest Sweet

Comment as-tu choisis ton moyen d’expression ?

J’ai toujours été un artiste en quelque sorte. Je peins et j’écris aussi. En fait professionnellement, j’enseigne la littérature anglaise et l’écriture créative. Et j’ai toujours pratiqué la photographie en parallèle. J’ai commencé adolescent avec le Pentax K1000 de ma tante Susan qui fréquentait une école d’art. Elle avait une chambre noire dans notre maison familiale. J’ai poursuivis la photographie depuis ce moment-là.

Quel matériel utilises-tu et pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ?

Je me sers d’appareils très simples. Je ne m’intéresse pas trop aux éléments techniques de la photographie. C’est surtout le sujet qui me préoccupe et la manière dont il est dépeint dans mon cadre. Je suis un photographe qui pointe et qui tire. Pendant longtemps, je me suis servi d’un Ricoh GRD IV en tant que boitier principal. Maintenant, j’utilise un iPhone la plupart du temps. Le matériel photographique ne m’excite pas.

Peux-tu m’expliquer ce qui diffère entre tes débuts et ton travail actuel ?

Mon travail a rapidement évolué dans un style pour laequel j’ai acquis une certaine renommée, des fragments de choses de proximité sans concessions. Mon style était reconnaissable et j’avais l’impression que je devais continuer à travailler ainsi, puisqu’une signature visuelle n’est pas facile à développer. Depuis, beaucoup de personnes ont copié mon style et même l’objet de mon propos (des personnes d’allure étrange à la plage, par exemple). Comme résultat je ne photographier ce genre de chose. Aujourd’hui je travaille sur un nouvel axe de travail très différent, cependant, je n’ai pas encore présenté ce travail au public.

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INTIME

Tes origines, ta culture ont-ils un rôle dans les oeuvres que tu produis ?

Je pense que le fait d’avoir grandi dans une ferme équestre au milieu de nulle part m’a aidé à mieux ouvrir mes yeux ici à New York. Ce n’était pas mon territoire natal, j’ai donc observé avec les yeux d’un étranger. Ce qui m’a grandement aidé je pense. Mais je reste un gars de la compagne. Je suis propriétaire d’un terrain de 80 hectares au milieu de nulle part au Canada et j’adore m’y rendre. Ici à New York je suis éternellement dans un pays étranger. Cette ville ne sera jamais mon chez moi.

Quels sont les événements qui t’ont le plus influencé ?

Je pense que certaines personnes ont plus compté que d’autres. J’ai eu un bon rapport avec Mark Cohen et Joel Meyerowitz. Tous les deux m’ont fourni de bon conseil et de bonnes directions au cours des années.

As-tu une anecdote qui permettrait de comprendre la genèse de ton travail ?

Il ne faut pas trop prendre au sérieux mon travail. Il ne faut pas examiner mes photos avec une loupe. Mon travail est simple et je pense poignant, dans le sens où il est cru et brut.

L’actualité rentre-t-elle en compte dans ta fabrication ou au contraire t’en détaches-tu ?

Je pense que mon travail est intemporel à beaucoup d’égards. Je ne photographie pas l’actualités. Par exemple, je n’ai pas pris une seule photo depuis l’épidémie de la Covid19. Je ne veux pas photographier des gens portant un masque. Ce n’est pas du tout mon genre. Je pense qu’une bonne photo est une photo qui a été prise n’importe où et n’importe quand.

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PHILOSOPHIQUE

Tes oeuvres sont-elles plutôt un dialogue, une trace ou encore une dénonciation ?

Mon travail est un dialogue avec d’autres photographes qui m’ont précédé. Je communique surtout avec Robert Frank, Mark Cohen, et, jusqu’à un certain degré, Bruce Gilden.

Souhaites-tu amener le spectateur à se questionner ou préfères tu l’interpeller ?

Je ne présume même pas que j’ai des spectateurs.

Quel regard portes-tu sur l’humain, et par conséquent à travers ton travail ?

Les êtres humains sont complexes et beaux, idiots et vulnérables. Mon travail capture les gens, comme ils sont, dans leur habitat naturel. Je n’ajoute pas d’attentes.

POUR
CONCLURE

Vois-tu une chose à ajouter ? Je te laisse le mot de la fin…

Je pense que l’une des pires choses qu’un artiste puisse faire, c’est de regarder trop d’art par d’autres. C’est pourquoi la photographie de rue se ressemble globalement. De bons artistes voient de leurs propres yeux et sont suffisamment arrogants et égocentriques pour leur permettre d’ignorer ce que font d’autres artistes. Personne ne va jamais copier le travail de quelqu’un d’autre mieux que cette même personne, mais une minorité, si elle ignore le bruit autour, peut produire quelque chose d’unique, quelque chose qui va les survivre. On peut compter sur les doigts de la main le nombre de personnes qui accomplissent ça dans toute génération. En conséquence, il est surprenant que l’un ou l’autre parmi nous continue avec ce propos absurde, c’est-à-dire la photographie. 

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