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Interview de Peter Ydeen

Comment as-tu choisis ton moyen d’expression ?

Je crois que mon moyen d’expression, la photographie, m’a trouvé plutôt que le contraire. J’ai étudié la peinture et la sculpture, et après avoir quitté l’école j’ai surtout fait du box art, du collage et de l’aquarelle. Ce n’est qu’après toute une vie en travaillant avec d’autres formes d’art, ainsi que survivant de l’expérience touchante de vendre de l’art antique chinois, africain et tibétain, que j’ai lentement abordé la photographie. Dans la photographie, surtout la photographie de nuit, j’y ai trouvé un médium moins égotiste qui attire le spectateur, partageant les perspectives romantiques fournies par l’appareil.

Ce médium est-il secondaire par rapport à ton propos ou étroitement lié ?

Je ne pense guère à mon appareil photo pendant que je photographie. C’est un outil, un moyen pour capturer le sujet, et moins l’appareil dérange, mieux l’image est.

Quel matériel utilises-tu et pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ?

Je dois être mobile pour mon travail et donc j ‘utilise principalement un boitier Nikon D850 DSLR monté sur un trépied, et une voiture électrique plus furtive et silencieuse pour parcourir les quartiers. Le D850 est assez petit en ce qui concerne la mobilité et possède un bon capteur pour la photo de nuit. Pour la production, j’utilise un papier satiné Baryta, qui offre des couleurs profondes, des blancs vifs et une surface pas trop brillante. Je fabrique mes propres cadres en bois massif et je me sers de verre Tru Vue Museum Glass. L’encadrement offre une cohésion avec une qualité sculpturale aux photos exposées.

Comment une séance de travail se prépare-t-elle ?

Je préfère travailler entre 2h et 5h du matin. Pourtant je ne suis pas vraiment nocturne. Je me réveille souvent à 1h30 et je change d’avis. Une fois que je sors, je m’emballe très vite. Je ne fais pas de plan spécifique. Il se peut que j’aie l’intention de photographier quelque chose que j’ai vu dans la journée ou que j’ai déjà pris en photo mais dont le résultat ne m’avait pas plu. Le plus souvent, les meilleures photos se produisent quand je vais photographier une chose et que je tourne la tête et j’en photographie une autre. Je travaille très vite. D’habitude je pré-règle mes ISO et je photographie au déclencheur. Mais de temps en temps je change les deux. J’adore la pluie pour les reflets. J’aime beaucoup toutes les saisons. Je préfère les jours nuageux aux nuits claires, mais les deux ont des aspects positifs. Le brouillard est un peu surfait. Je préfère peut-être plus un vieux Toyota qui sent la sueur à une Cadillac classique. Mon ennemi est le vent et les lumières vives qui dévastent des expositions longues et la plage dynamique. J’ai tendance à rentrer chez moi quand les gens commencent à sortir. En général je traite toutes les prises dès que je rentre, ensuite je les affine un peu plus chaque jour, travaillant beaucoup plus sur l’impression et la présentation que sur la séance photos elle-même.

Peux-tu m’expliquer ce qui diffère entre tes débuts et ton travail actuel ?

Mon obsession pour la photographie de nuit n’a jamais prévue, et donc sur un plan technique, je me suis énormément amélioré. L’impression est mon plus grand défi, et que j’ai le plus amélioré. Le plus grand changement dans mon travail est d’être passé de la surface en tant qu’objet en deux dimensions, à voir la surface maintenant en trois dimensions. Mon travail précédent de jour traitait l’image comme une surface plate, cela remonte à l’époque où j’étais peintre avec la mentalité de Clement Greenberg “le monde est plat”. L’éclairage des paysages nocturnes suggère tout le contraire. Etant un monde tri-dimensionnelle qui vous happe. J’ai toujours eu une double personnalité dans mes prises de jour, la moitié du temps prenant en photo une composition plate, et l’autre moitié en m’aventurant dans une troisième dimension. Mes prises de nuit ont évoluées dans un monde tri-dimensionnelle où l’on peut rentrer dedans, et s’y promener.

PLUS
INTIME

Tes origines, ta culture ont-ils un rôle dans les oeuvres que tu produis ?

J’ai passé la plupart de mon enfance dans une petite bourgeoisie blanche de banlieue. Ensuite, J’ai fait des études dans les montagnes du sud-ouest de la Virginie et dans la ville de New York au début de ma vingtaine. Ma jeunesse était pavée d’ennui. Cela a créé ma fascination pour tout endroit ayant du charme et du caractère. La Vallée de Lehigh m’a surpris à ce niveau là. De sorte que ce que j’avais considéré au départ comme un endroit déprimant, s’est avéré être une sorte de musée de l’Americana, possédant une riche variété de caractères qui a évolué au travers de son extension en petites villes, à travers plusieurs siècles.

Quels sont les événements qui t’ont le plus influencé ?

Parmi les événements importants de ma vie, il y a eu étudier la peinture de paysage dans les montagnes de la Virginie avec quelqu’un qui est devenu notre ami de longue date, Ray Kass. Aller à New York au début de ma vingtaine et me confronter à la variété de gens et de cultures. Etudier avec de grands artistes. Travailler en tant que freelance dans de nombreux domaines avec des tas de gens créatifs. Rencontrer ma femme Mei li,et ouvrir la galerie Arts du Monde dans Soho, avec l’aide de notre autre ami de longue date et marchand d’art en belgique, Marc Leo Felix. Et finalement avoir de formidables enfants. Faire beaucoup de voyages en Europe et partout en Chine. Et maintenant je profite de mon succès surprenant en tant que photographe. J’apprends encore. Et je suis toujours étonné de ce qu’il y a partout à voir.

Quelles sont les sources de ton inspiration ?

Mes plus grandes sources d’inspiration viennent de l’époque modeste de l’art moderne américain. Arthur Dove, Charles Burchfield, Charles Sheeler, Georgia O’Keefe, Marsden Hartley, et de l’autre côté de l’Atlantique, Paul Klee. Je puise beaucoup dans les écrivains romantiques du 18ème et 19ème siècles, comme Eta Hoffman et George MacDonald qui ont créé des mondes et invitent le lecteur. Je n’ai jamais suivi la photographie, pourtant je l’ai toujours appréciée et j’ai eu beaucoup d’amis photographes. Ma seule inspiration au début de ma photographie était et reste toujours, George Tice. Un véritable poète avec son appareil.

As-tu une anecdote qui permettrait de comprendre la genèse de ton travail ?

Il y a une courte histoire que je n’oublierai jamais en ce qui concerne comment percevoir mon art. Lorsque j’ai commencé comme peintre et sculpteur, le Pop artiste Alan d’Arcangelo a visiter mon studio. Je vivais dans le East Village de Manhattan, où l’on m’avait fourni un studio dans la bibliothèque du quartier en échange d’enseigner l’art aux enfants. Je faisais de très grandes quantités de petites huiles sur papier, montées sur bois massif. L‘imagerie était inventée, souvent disposée en motifs ou en séries. Alan est venu au studio et m’a fait un certain nombre de commentaires autour de la texture, de l’imagerie, de la couleur, etc. et finalement pour conclure, il m’a dit : “Vous savez Peter, c’est de la poésie….”. Et puis d’ajouter, “… Mais il y a assez de place pour votre public dans ce studio”. Le studio, la pièce avec assez de place pour mon public, était une penderie reconvertie. Alan était un pionnier du Pop Art, et mon approche de l’art était presque le contraire du sien. Mais en même temps, son amour de l’art prédominait. Ceci, et plusieurs autres événements m’ont appris très jeune que l’envie de créer n’est pas fondé sur l’admiration ou la popularité. L’art est une conversation, on ne sait jamais qui va réagir ou répondre. Donc j’écoute tout le monde. Je ne m’attends à rien et j’apprécie, je profite de qui répond.

L’actualité rentre-t-elle en compte dans ta fabrication ou au contraire t’en détaches-tu ?

Je pense que l’actualité s’infiltre dans mon travail, surtout les panneaux, mais je ne le cherche pas exprès. Ils sont plutôt un produit naturel dérivé de la photographie du paysage urbain.

PLUS
PHILOSOPHIQUE

Tes oeuvres sont-elles plutôt un dialogue, une trace ou encore une dénonciation ?

Je vois l’art comme une conversation, mais en image plutôt qu’avec les mots. Mes oeuvres seraient considérées comme une trace aussi, mais jamais comme une dénonciation. Plutôt une célébration.

Souhaites-tu amener le spectateur à se questionner ou préfères tu l’interpeller ?

Se questionner… Ensemble, avec moi.

Quel regard portes-tu sur l’humain, et par conséquent à travers ton travail ?

Mon travail, sans gens, est axé sur les gens. Ce sont les mondes que nous créons ensemble, et qui reflètent une perspective romantique du trivial. Les gens me fascinent, même si je travaille seul. J’ai toujours travaillé avec la perspective optimiste et positive de l’être humain.

Si tu devais comparer ton dernier travail avec le prochain ?

Je ne passe pas beaucoup de temps à comparer mes oeuvres. Je travaille avec un certain volume de production, et je laisse les résultats remonter à la surface comme de la crème. J’ai tendance à travailler avec des groupes de photos plus tard, par sujet pour la plupart, mais quelquefois par technique, j’essaie aussi de ne pas projeter mes propres idées sur l’oeuvre, mais plutôt de laisser la série se développer organiquement.

L’art est-il poésie ou intervention sociale ?

La poésie est sociale et intervention est un mot sévère. Je dirais que c’est plus d’une collaboration sociale.

POUR
CONCLURE

Quel regard portes tu sur ton propre travail ?

Je vois mon travail comme une perspective romantique de notre monde, plein d’amour pour les endroits que nous créons tous.

Quels sont tes projets en cours, à venir ?

La plupart de mon énergie est maintenant consacré à exposer mon travail. Je construis mes propres encadrements, et je prépare une présentation plus sculpturale de mon travail avec des dispositifs de cadre, des caisses américaines et de l’encadrement à deux faces. Je travaille aussi sur une série de montages vidéo qui feront partie de certaines de ces expositions. Actuellement j’en ai quatre de prévues et selon ce qui se passe au niveau de la Covid-19, trois en institutions et une dans une galerie privée. J’aimerais bien que l’exposition voyage, à l’étranger aussi.

Vois-tu une chose à ajouter ? Je te laisse le mot de la fin…

L’art est une forme de partage, une forme de conversation visuelle. J’espère que mon travail permet aux gens de voir le même beau monde que je vois. Vide de gens, mon travail est axé sur les gens, et pas le monde terrible d’un film de John Carpenter, mais plutôt celui surréel et fantastique de Guillermo del Toro. J’espère simplement que mon travail ne donne pas le sentiment d’être à propos de moi, mais plutôt à propos de nous. Je fonctionne comme un médium qui aide à présenter les endroits merveilleux que nous créons.

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